| Politica |  Mais lorsqu’il s’agit d’un pays comme le Sénégal qui s’est tout de même bâti une solide réputation de pays à fort socle démocratique, cela donne certainement à réfléchir et partant interpelle un continent entier qui, décidément, découvre de plus en plus qu’il a bien mal à sa démocratie. Au Sénégal, les concertations sur la réforme du Code électoral se trouvent en ces moments grippées. Et pour cause.
Le retour des plénipotentiaires de la coalition Bennoo Siggil Senegaal à la table desdites concertations est assujetti au respect de conditions prises par la conférence des leaders de l’opposition. Les représentants de l’opposition avaient claqué la porte à cause de certains points essentiels que la mouvance présidentielle avait choisi d’imposer et qui devraient donc s’appliquer à la présidentielle à venir. Ils se résument en :
. un écourtement de la durée de la campagne électorale de 21 à 15 jours ; . une interdiction faite à la presse de donner les résultats des élections avant 22h ;
. un prolongement du scrutin jusqu’à 22h. Bennoo Siggil Senegaal les refuse tout net et choisit de claquer la porte. Au-delà du refus manifeste de l’opposition sénégalaise pour des raisons qu’elle maîtrise sans doute, c’est la politique de la chaise vide qui interpelle. Tout comme au-delà du pays de la Téranga, il convient d’analyser le phénomène désormais récurrent sur l’ensemble du continent africain. La réforme du Code électoral est plus qu’essentielle à la bonne tenue d’élections saines et démocratiques sur le continent. Personne ne peut le contester sérieusement.
Les fraudes les plus significatives commencent d’ailleurs par la mainmise frauduleuse opérée sur le fichier électoral, c’est bien connu. C’est bien la raison pour laquelle, pour une élection de l’importance de celle qui est prévue pour se tenir en 2012 au pays de la Téranga, tout le monde, majorité comme opposition, ouvre l’œil et surveille les faits et moindres gestes de l’adversaire politique.
L’opposition sénégalaise voit dans les mesures de la mouvance présidentielle, de nouvelles stratégies qui constituent autant de tuyaux pour réussir des fraudes massives. Elles viennent après d’autres manœuvres, au nombre desquelles le décagnotage de Macky Sall de l’Assemblée nationale ainsi que la « démission » de Moussa Touré de la Cena.
Soit. Mais l’opposition doit-elle pour autant opter pour la voie du boycott du processus ? A-t-elle pour autant raison d’appliquer la politique de la chaise vide ? Rien de moins sûr. Et ce, pour plusieurs raisons. Nous sommes en Afrique, dans un continent où bon nombre de chefs-d’Etat ne se préoccupent pas de considérations d’éthique pour se maintenir sur le fauteuil présidentiel que beaucoup d’entre eux ont fini par confondre avec un trône que leur aurait légué un bien généreux aïeul. La symbolique que devrait représenter le départ de l’opposant mécontent et qui a pour vocation de donner à réfléchir plus, à ramener les dirigeants injustes et iniques sur la bonne voie de la sagesse et de la raison, cette symbolique-là ne paie pas forcément sur le continent noir. Et plus que triste, la chose est malheureuse.
Quitter la table des négociations, si cela démontre à souhait à quel point on refuse de cautionner un processus que d’autres ont choisi de biaiser, de piper dès le départ, ne change pas forcément la mentalité d’hommes assoiffés et accrochés à un pouvoir qu’ils espèrent garder pour toute la vie, et tant pis pour ceux qui ne sont pas contents.
Les exemples existent à profusion sur ce continent africain où des boycotts d’élections de toutes sortes n’ont produit pour unique effet que d’ouvrir un large boulevard au seul candidat en lice. Il se fera élire sur la plus petite des marges, avec le score le plus insignifiant qui soit, mais au final, c’est lui qui aura remporté la course, en toute légalité en plus, tandis que les boycotteurs n’auront plus que leurs yeux pour pleurer. Désespérant à fendre le cœur, sans doute, mais c’est cela aussi la réalité qui se vit sur le continent.
On comprend toute la rancœur qui vous anime lorsqu’on vous a volé une victoire, en l’occurrence, celle des urnes, qui est censée représenter le choix d’un peuple. On saisit toute la frustration qui s’empare de celui qui sent fort justement qu’il a été battu à la « déloyale ». Et on comprend volontiers qu’un opposant refuse d’aller à un jeu où tous les dés sont pipés à l’avance. Mais les opposants africains qui rêvent de faire mieux que ceux qu’ils souhaitent remplacer à la tête des Etats, se devront de s’inscrire dans la logique d’un plus grand patriotisme. De même qu’ils se devront d’éviter de céder au découragement.
Ils ont pour obligation d’aller au processus, dussent-ils en dénoncer les iniquités et les pièges tendus. L’accepter et le faire suppose beaucoup de courage, de persévérance et d’amour pour la patrie. Mais ont-ils vraiment le choix, s’ils s’inscrivent dans la logique d’un patriotisme sincère ?
Il est plus que clair que l’opposition dans son ensemble souffre le martyre sur le continent africain, confrontée qu’elle est, à des pontes en place qui font feu de tous bois pour ne pas bouger d’un iota, bien sûr, mais obligée qu’elle est aussi, de souffrir les désagréments des inévitables fraudes électorales, les innommables dégâts que causent l’analphabétisme et l’illettrisme, sans compter sa propre indigence financière désormais légendaire et dont elle peine depuis toujours à se remettre. Mais il faudra tout de même aller au processus. La persévérance devra un jour aboutir sur du bon.
Alors, le rôle d’opposant en terre africaine ? Un tonneau des danaïdes ? Peut-être bien. Mais certainement aussi une vocation ardue, mais noble sans laquelle l’idéal de bonne gouvernance et de démocratie auquel rêvent de nombreux Africains aujourd’hui, n’aurait aucune chance de se réaliser un jour. Les vrais démocrates ont le devoir de sauver ce continent en vue de le confier aux générations futures. Et pour cela, il leur faudra savoir se battre.(Le Pays)
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