Les artistes comédiens du théâtre sénégalais (Arcots) ont rendu hommage, lundi, au dramaturge Alioune Badara Bèye pour ses 30 ans de théâtre. Récital de poèmes, pièce de théâtre et prestations de musiciens étaient au menu lors de la cérémonie tenue à la Maison de la culture Douta Seck, en présence du ministre de la Culture et de la Francophonie, Serigne Modou Mousso Lèye.
Les témoignages sur l’œuvre de Bèye ont été nombreux. Ecrivains, cinéastes, comédiens, plasticiens se sont succédé sur la scène pour rendre hommage au ‘capitaine de la culture’, selon le qualificatif que lui a attribué Kalidou Kassé, président des artistes plasticiens du Sénégal.
Le récital de poèmes a été assuré par les comédiens Sidy Niang, Bass Diakhaté, Fatou Ndiaye, etc. ‘C’est la première fois qu’ils jouent en français’, a révélé Pape Faye, le chargé de la communication de l’Arcots.
Abdou Guité Seck, Makhou ‘Lébou Gui’, Arame Camara et Gorgui Ndiaye ont assuré l’animation musicale, au grand bonheur de l’assistance.
Une représentation de quelques passages de la première œuvre théâtrale d’Alioune Badara Bèye, Le Sacre du Ceddo, traduite en wolof, a constitué le moment fort de la cérémonie d’hommage.
‘Les comédiens se sont chargés eux-mêmes de la traduction des passages qu’ils devaient jouer’, a révélé Pape Faye, le metteur en scène.
A la première scène, Abdoul Aziz, monarque musulman, interprété par Yankhoba Diop, est entouré par une demi-douzaine de disciples à qui il apprend le Coran. Ils sont interrompus par l’arrivée d’un émissaire du roi païen, Lat Mbengué Secken Diouf, Bour Sine. Ce dernier veut ‘la plus belle étoile du royaume’ d’Abdoul Aziz pour en faire son épouse. Le roi musulman lui choisit Raby (incarnée par Amy Collé Mbaye) la plus loyale, la plus croyante et la plus obéissante de ses filles.
Raby réplique à son père qu’elle ne peut pas se marier avec le roi Lat Mbengué. ‘Il n’est pas musulman, il ne prie pas et ne pratique pas le jeûne’, avance-t-elle.
L’envoyé, face au refus de la fille et son père, prévient ses interlocuteurs de la colère du roi Lat Mbengué à qui on ne refuse rien.
Autre extrait, autre scène. Nous sommes dans la cour du roi sérère. En arrière plan, on aperçoit le toit d’une case faite de paille. Ici, le roi est accueilli par des chants et des danses.
Lat Mbengué informe ses sujets du refus du roi Abdoul Aziz de lui accorder la main de sa fille. La réaction des sujets est immédiate. ‘Qu’il meure !’, s’exclament-ils en chœur.
Les ‘braves’ du royaume se proposent tour à tour pour laver l’affront fait à leur roi. Même les femmes sont prêtes à prendre part à la riposte. Bour Sine ordonne aux femmes de rester dans les cuisines et aux hommes de lui ramener le roi Abdoul Aziz.
Les guerriers Ceddos reviennent victorieux. Le souverain musulman et sa fille sont faits captifs. Et pour avoir refusé de s’agenouiller devant Bour Sine, Abdoul Aziz allait mourir sans l’intervention de sa fille. Celle-ci supplie Lat Mbengué de laisser la vie sauve à son père. En échange, elle accepte de devenir la reine du Sine.
Lat Mbengué obtient ainsi gain de cause. Cependant il réclame l’amour de son épouse qui le lui refuse. ‘Ce n’est pas par la contrainte que l’on obtient l’amour d’une femme’, explique Raby à son mari.
Le spectacle prend fin sur la dispute de Lika Déguène Samb, incarnée par Awa Mbaye, et Raby. La belle-mère dit à sa bru qu’elle devrait être fière d’avoir été choisie comme épouse par son fils ; ce dont rêvent toutes les jeunes filles. Elle lui enjoint de faire comme elle et de donner à son fils ‘un prince héritier digne de lui’.
Un tonnerre d’applaudissements a accueilli la fin de la représentation. Cependant le public était plus captivé par le jeu d’acteurs et le costume des comédiens, plutôt que par l’histoire elle-même.
Alioune Badara Bèye s’est dit ‘honoré par cet hommage qui d’habitude n’est rendu qu’à titre posthume’. Il a par ailleurs tenu à rendre hommage à son épouse qu’il présente comme ‘la ravissante colombe aux ailes d’or’.
En plus de la pièce de théâtre, une exposition a présenté les ouvrages du dramaturge. Une œuvre riche de pièces de théâtre comme Nder en flammes, de roman tel Raki et de poèmes dont Les Bourgeons de l’espoir.
Awa GUEYE
(Walf Fadjri, Senegal)